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De l’instrumental au numérique…

par Matthias Pintscher, le 05/01/18

Pour son tout premier instant M. de l’année Matthias Pintscher s’interroge sur un sujet aujourd’hui central dans la création musicale : la relation entre écriture instrumentale et nouvelles technologies numériques.

Cette nouvelle année, que je vous souhaite excellente, commence par deux concerts aux programmes et formats très différents : le premier, le 10 janvier sera un hommage au grand compositeur américain Elliott Carter tandis que le second, le 26 janvier, sera consacré à la rencontre entre art numérique et création musicale dans le cadre d’un nouveau Grand soir à la Philharmonie de Paris. Deux soirées qui illustrent deux pans de la création musicale : l’un purement instrumental et l’autre ayant largement recours aux technologies numériques.

Lorsque je discute avec des jeunes compositeurs, j’ai le sentiment que ma génération est un peu « assise entre deux chaises », pour reprendre l’expression consacrée. D’un côté, nous sommes très attachés à l’instrumental, et nous pouvons facilement composer des partitions pour le Concertgebouw ou le Boston Symphony Orchestra, et, de l’autre côté, nous intégrons, plus ou moins, les nouvelles technologies à notre travail de création. La génération montante se tourne bien plus ouvertement vers le numérique, comme territoire d’expression et aussi comme outil de composition. De fait, les technologies actuelles ouvrent de nouveaux horizons très attractifs notamment pour cette génération élevée avec le numérique. Cela modifie la conception et la pratique de l’art musical. Pour ma part je pense qu’il est essentiel de ne pas perdre de vue ce qui est la source première de la musique : les instruments acoustiques. Je trouve même dommage que de plus en plus de jeunes compositeurs ne maîtrisent plus suffisamment l’écriture instrumentale, celle qui, par exemple, rend la musique d’Elliott Carter aussi délectable. Les mêmes éprouvent également des difficultés pour concevoir une image sonore pour un ensemble ou un orchestre : ils sont enclins à confier cette dimension à l’ordinateur.

Cette tendance à aller vers plus de dépendance au numérique se confirmera-t-elle jusqu’à devenir un nouveau paradigme pour la création musicale, ou au contraire, se révélera-t-elle une voie parmi d’autres ? Quelles sont les pistes explorées aujourd’hui qui porteront leurs fruits ? Lesquelles abandonnera-t-on ? Voilà une série de questionnements au cœur de l’aventure de la création à laquelle l’EIC entend bien participer plus que jamais en 2018 et, espérons-le, pour les décennies à venir.

Photo © Franck Ferville

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