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Retour sur 2017-18 : Paul Riveaux, bassoniste : « Des expériences qui stimulent la création. »

par Paul Riveaux, le 16/07/18

Des superproductions aux concerts de musique de chambre, Paul Riveaux, bassoniste, fait le bilan d’une saison 2017-18 aussi riche que contrastée. 

Outre les magnifiques œuvres phares que sont Renard d’Igor Stravinsky, Des canyons aux Etoiles… d’Olivier Messiaen, le Winterreise de Schubert revisité par Hans Zender (photo ci-dessous), Répons et Dérive 2 de Pierre Boulez, ou encore Le Encantadas o le avventure nel mare delle meraviglie d’Olga Neuwirth, toutes jouées dans des salles parfaitement adaptées, à Paris, Vienne, Lucerne ou New York, j’ai eu cette année le grand plaisir de découvrir des chefs-d’œuvre comme l’incroyable Symphonie no. 4 de Charles Ives ou l’étrange Requiem de Hans Werner Henze, ainsi que des créations comme la percutante Cadenza no. 1 de Bruno Mantovani ou l’extraordinaire Inscape d’Hèctor Parra (à Barcelone, Paris et Lille).

Schuberts Winterreise de Hanz Zender, 23.11.17, Opéra Comique 

Il se trouve que plusieurs de ces œuvres ont été jouées avec d’autres formations : Des Canyons aux Etoiles… avec L’ensemble Alumni du Festival de Lucerne,  Inscape avec les Orchestres de Barcelone et de Lille, la Symphonie no. 4 de Charles Ives (photo ci-dessous)  avec l’Orchestre de Paris. Ces concerts partagés sont une excellente idée de Matthias Pintscher : ils permettent à d’autres publics de découvrir notre répertoire dont ils n’imaginent bien souvent pas les richesses poétiques, l’infinie variété d’ambiances sonores et les immenses territoires de rêves. Ces expériences peuvent en outre stimuler la création et déboucher sur des chefs-d’œuvre comme Inscape, avec cette réunion magique de nos solistes, de la profondeur d’un orchestre symphonique, le tout sublimé par l’électronique de l’Ircam.

Symphonie n°4 de Charles Ives, 05.04.18, Philharmonie de Paris 

Pour moi, le basson a eu quelques beaux moments, autant en musique d’ensemble (Dérive 2, Répons, Inscape, Renard) qu’en musique de chambre (notamment à l’amphithéâtre du Musée de la Musique et au Wigmore Hall de Londres), avec des pièces trop rarement entendues et pourtant très appréciées, car elles apportent une certaine fraîcheur ainsi que toutes ces émotions physiques propres au souffle et à une forme de « rusticité » humaine : avec les vents, le public respire, lui aussi…

Paul Riveaux interprète Dérive 2 de Pierre Boulez, 25.04.18, Philharmonie de Paris 

Côté pédagogie, les ateliers de composition du Conservatoire de Paris (photo ci-dessous) ou du festival ManiFeste de l’Ircam nous donnent l’occasion d’apporter aux jeunes compositeurs une écoute réaliste et concrète des instruments. Encore trop souvent à mon goût, ils ont tendance à s’enfermer dans des systèmes théoriques et abstraits, et oublient la réalité des instruments et les spécificités propres à chacun d’eux. Notre rôle est de leur en montrer les limites comme les richesses souvent insoupçonnées.

Paul Riveaux et Martin Adamek, ateliers de composition au Conservatoire de Paris,  février 2018

Concernant la saison prochaine, je me réjouis d’avance du concert autour de Frank Zappa en septembre et d’Enno Poppe (avec Koffer) dont j’aime à la fois le raffinement musical et le personnage un peu étrange, qui semble tout droit sorti d’une BD… J’ai hâte également de me plonger dans la musique de György Ligeti, avec le Grand Macabre et le Requiem en décembre et l’intégrale des Concertos en mai. Et puis, bien sûr, notre vie à l’Ensemble nous réserve toujours de nombreuses découvertes et c’est d’ailleurs l’un des plus grands plaisirs que j’y trouve. Plus que jamais, me semble-t-il, la musique aspire à partager la scène avec d’autres arts surtout visuels (arts plastiques, arts numériques, danse, théâtre, etc.) : comme beaucoup d’entre nous, elle a besoin d’ailleurs  !

Propos recueillis par Jérémie Szpirglas

 

Photos © EIC

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