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Une vie devant soi. Entretien avec Lucas Lipari-Mayer, trompettiste.

par Laurent Fassol, le 03/12/18

On dit souvent que « la valeur n’attend pas le nombre des années ». Une expression des plus justes en ce qui concerne Lucas Lipari-Mayer, trompettiste, qui à tout juste 22 ans vient de rejoindre l’EIC après avoir remporté le redoutable concours de trompette en septembre. Rencontre avec un jeune musicien qui n’est pas arrivé là par hasard…  

Lucas, quel a été votre parcours jusqu’à présent ?

J’ai grandi dans un environnement très musical : une mère mélomane, un frère étudiant le piano… Dans ces circonstances, c’est en découvrant le Concerto de Hummel par Maurice André que j’ai jeté mon dévolu sur la trompette. Mes premières années d’étude ont été assez classiques, passant notamment par la classe de Gérard Boulanger au CRR de Paris. C’est au cours de cette période que j’ai croisé pour la première fois Clément Saunier, mon futur voisin de pupitre, lorsque j’ai joué dans le Brass Band Junior de Paris.

À l’âge de 16 ans, ma trajectoire a soudain dévié vers l’Institut des Arts de Californie (CalArts). Y suivant l’enseignement d’Edward Carroll, j’ai été bouleversé par la conception de l’art qui a cours là-bas. CalArts étant orientée vers les arts nouveaux et/ou non européens, ce fut là mon premier véritable contact avec la création contemporaine sous toutes ses formes. À un âge où l’esprit est encore très malléable, cette expérience m’a ouvert à d’autres approches, d’autres esthétiques et d’autres goûts musicaux. Une vraie révélation. Mon Bachelor en poche, j’ai changé une nouvelle fois de cadre en intégrant la classe de Håkan Hardenberger en Suède. Ce fut un nouveau choc pour moi que de découvrir l’intégrité requise pour devenir le type de musicien que j’aspirais à être… Hardenberger est lui aussi un fervent défenseur des musiques d’aujourd’hui. Tout cela explique sans doute que la musique contemporaine soit devenue l’un de mes modes d’expression privilégiés. À ma passion grandissante s’ajoute en outre mon engouement pour le défi physique et technique que représente ce répertoire pour l’interprète : cette musique exige à la fois des bases solides et un dépassement technique et musical. Le musicien se doit d’être en recherche permanente, ce qui me plaît énormément.

Que représente pour vous l’Ensemble intercontemporain ?

L’Ensemble représente d’abord une grande famille de musiciens dont je me sens proche, tant par mes goûts musicaux que par la personnalité ; c’est ensuite une institution et une mentalité que je suis fier de représenter, une institution qui s’est toujours démarquée par son excellence, son travail et son esthétique.

 Quels sont selon vous les enjeux particuliers de la préparation du concours de l’EIC ?

Je pense sincèrement que, jusqu’à présent, toutes compétitions confondues, je ne m’étais encore jamais autant investi dans la préparation d’un concours, et je suis certain que cela a été déterminant. Au demeurant, c’est un concours très différent des autres : les enjeux sont importants, d’abord parce que c’est un poste de soliste, qui suppose de grandes responsabilités (nous ne sommes que deux trompettes au sein de l’ensemble), ensuite parce qu’il s’agit d’un des meilleurs ensembles contemporains au monde. Il faut donc avant tout se poser la question de savoir si on se sent capable d’assumer une telle responsabilité. Personnellement, j’avais déjà eu plusieurs occasions de jouer avec l’EIC et je savais que l’envie était là.

Ma préparation ne s’est pas limitée au seul travail sur l’instrument, elle s’est étendue à toute mon hygiène de vie quotidienne : dormir suffisamment, manger sainement, faire du sport, atteindre mes objectifs quotidiens, hebdomadaires, mensuels, maitriser mes sorties, mes jours de repos… Sans oublier un élément essentiel : le mental, qui fait partie intégrante du processus.

Le jour des premier et deuxième tours fut particulièrement éprouvant. Lorsque j’ai su que j’étais pris au deuxième tour, je suis allé marcher une heure pour me recentrer afin d’attaquer dans les meilleures conditions l’épreuve suivante qui avait lieu l’après-midi. J’ai puisé dans toutes les ressources physiques et mentales dont je disposais pour finir cette journée.

Lorsque j’ai appris que j’avais été choisi parmi les trois finalistes, j’étais évidemment très content du résultat mais j’avoue que j’étais aussi épuisé. La finale a eu lieu le lendemain matin et s’est déroulée d’une toute autre façon que les deux premiers tours. D’abord, elle se passait sans paravent et je pouvais enfin voir les visages des personnes qui m’avaient donné l’opportunité de jouer pour eux. Je m’en suis réjoui et ne me suis pas senti du tout stressé car j’étais déjà très content d’en être arrivé là, et de pouvoir toucher d’aussi près mon rêve. Je pense que cela explique également que je sois parvenu à être vraiment moi-même et à me « lâcher » complètement : j’avais envie de me faire plaisir tout en montrant quel musicien j’étais.

Qu’attendez-vous de cette nouvelle vie musicale qui commence  ?

J’espère pouvoir me réaliser davantage, collaborer avec des compositeurs, et élargir le répertoire de mon instrument. J’ai hâte de découvrir où cette nouvelle vie me conduira mais je suis déjà conquis !

 

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