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Echanges d’énergie. Entretien avec Lara Morciano, compositrice.

par Jéremie Szpirglas, le 10/12/18

Le 14 décembre prochain à la Philharmonie de Paris, la compositrice italienne Lara Morciano, présentera Raggi di stringhe, pour violon et électronique en temps réel (2011), dans le cadre du concert « Féminin Pluriel ». L’occasion d’aller à la rencontre d’une créatrice en recherche constante de nouveaux défis artistiques et techniques. 

Lara, que cache ce titre, Raggi di stringhe ?  

Le titre fait référence à la théorie des cordes. Dans cette théorie de physique théorique, toutes les particules de l’univers sont modélisées par des « brins » d’énergie vibrante, appelés cordes (stringhe en italien). La représentation visuelle (imaginaire) des différentes possibilités d’oscillation, interaction, prolifération et scission de ces stringhe a inspiré métaphoriquement la composition à travers l’écriture des deux parties (instrumentale et électronique) conçues de façon organique et unitaire, en cherchant une véritable fusion entre les deux univers.

L’idée, à la fois musicale et technique, était d’élaborer une écriture qui s’appuie sur un suivi live du jeu instrumental, afin d’exécuter efficacement les actions électroniques jouées par l’ordinateur en temps réel. La recherche portait aussi sur l’intégration de différents modes de jeu du violon dans un système de suivi de partition basé sur le langage Antescofo (développé par Arshia Cont dans le cadre d’un projet commun à l’Ircam, l’Inria et le CNRS), afin que l’articulation rythmique du jeu instrumental se reflète dans l’écriture de l’électronique, laquelle est conçue d’une façon très détaillée et imaginée comme un complément idéal à la virtuosité instrumentale.

 Répétition de Raggi di stringhe avec la violoniste Hae-Sun Kang, à l’Ircam en 2011

Raggi di stringhe est donc le produit d’un ensemble de composantes de recherche musicale d’une part et de défi technologique de l’autre. Cela a ouvert des perspectives nouvelles pour mon travail, notamment quant à l’interaction interprète-ordinateur et les outils pour la synchronisation dans la musique mixte. La pièce occupe de ce fait une place singulière dans mon catalogue, aux côtés d’Estremo d’ombra ou Philiris, dans lesquelles j’ai également développé de nouveaux concepts qui ont fait évoluer mon environnement de travail.

Depuis Raggi di stringhe, j’ai ainsi réalisé divers projets de musique mixte requérant la mise au point de dispositifs informatiques interactifs. Je me suis particulièrement intéressée aux possibilités de mise en relation et de synchronisation entre jeu instrumental, écriture de l’électronique et autres applications artistiques, tout en intégrant la captation gestuelle, via un travail axé sur l’interaction et la correspondance entre les mouvements de l’interprète et divers processus sonores, spatiaux et visuels.


Page de la partition de Raggi di stringhe  

Comme vous le savez sans doute, votre pièce est au programme d’un concert 100% féminin. Avez-vous l’impression qu’être femme vous donne un point de vue différent sur l’acte de composer ou de créer ?

Je ne vois aucune différence de genre, que ce soit dans l’acte compositionnel ou dans le processus de création en général. Chaque artiste développe ses idées et concepts de façon subjective et originale, par rapport à son univers expressif intime. En ce qui concerne le parti-pris de ce concert « Féminin pluriel », je pense que de manière générale toute participation majeure des femmes dans quelque domaine d’activité que ce soit est une étape positive et appréciable. Au fil des années, j’ai quand même le sentiment que la présence féminine dans le milieu de la création musicale s’accentue. Mon souhait serait que des univers musicaux variés se partagent l’affiche des concerts, sans que les choix programmatiques relèvent d’une discrimination même positive, que pour ma part je trouve anachronique.

Photos © EIC

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