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Un coup de « Folia » . Entretien avec Lionel Bord, compositeur.

par Jéremie Szpirglas, le 28/01/18

Le 10 février prochain, dans le cadre du Festival Présences, les solistes de l’EIC créeront Folia, œuvre pour six instruments du compositeur et bassoniste Lionel Bord. Six ans après 666 commande de l’EIC il revient à ses thèmes de prédilection : les états limites, le paranormal… et la folie.

Lionel, quelle relation avez-vous développé avec les solistes de l’EIC depuis votre première collaboration il y a six ans ? A-t-elle eu un impact sur votre manière d’approcher l’écriture et la composition ?

Au cours de ces six années, nos routes se sont souvent croisées. Étant moi-même bassoniste à l’Orchestre de Paris, nous partageons un même lieu de résidence et sommes amenés à collaborer sur des projets associant nos deux formations. J’ai donc eu l’occasion de développer avec certains solistes une relation privilégiée sans laquelle je n’aurais pu imaginer cette nouvelle œuvre. Je ne saurais toutefois mesurer l’impact réel de cette relation dans mon travail mais il est certain que la rencontre et l’échange avec les interprètes est une chose extrêmement précieuse qui exerce toujours une grande influence sur le processus de composition.

Lorsqu’on écoute vos œuvres, on s’aperçoit que votre musique est habitée par des « états limites », cette « expression de la part d’ombre tapie en chacun de nous » selon vos propres mots : en quoi cette Folia s’inscrit-elle dans cet imaginaire ?

La folie sous toutes ses formes constitue pour moi une source d’inspiration récurrente. En témoignent certaines de mes œuvres antérieures comme Fantasmi pour ensemble, Fulgurances pour huit violoncelles, ou encore 666, composée pour les solistes de l’EIC. Au fil du temps, ces œuvres finissent par constituer un véritable cycle auquel cette Folia vient aujourd’hui s’ajouter.

 

De quelle folie s’agit-il ? Comment s’exprime-t-elle dans la pièce ?

Contrairement aux pièces précédemment citées, qui traitent toutes de la folie sous un angle particulier, j’ai voulu, avec ce nouveau chapitre, prendre de la hauteur et considérer la folie dans sa globalité. Il s’agit d’une approche plus conceptuelle, plus abstraite. Cela s’exprime à tous les niveaux de la pièce. Par ses proportions mais aussi par l’intensité de son discours, cette pièce est déjà une folie en soit puisqu’elle impose aux interprètes des conditions extrêmes. L’écriture, contrastée, est entrecoupée de gestes emprunts d’une grande sauvagerie qui confèrent à l’ensemble un climat instable et imprévisible.

Extrait de la partition de Folia

Difficile de ne pas poser cette dernière question, pour connaisseur : le titre Folia fait-il référence aux Folias* baroques ?

C’est effectivement un hommage. Le thème de La Folia constitue ainsi l’unique matériau de l’œuvre et son traitement répond, comme c’était l’usage à l’époque, au principe formel du « Thème et variations ». Bien plus que les sonorités baroques qu’il véhicule, ce qui m’intéressait dans ce thème était son potentiel compositionnel et surtout l’usage que j’allais pouvoir en faire dans ma propre musique. L’effectif instrumental que j’ai choisi fait, lui aussi, référence aux nomenclatures baroques. Au duo hautbois/hautbois d’amour et cor répond celui constitué par l’alto et le violoncelle ; le piano et la harpe complètent ce tableau en y apportant une touche plus contemporaine.

 

* La Folia, également appelée Follia (en italien) ou Folies d’Espagne, est une danse apparue au xve siècle probablement au Portugal dont le thème a servi pour des variations à des centaines de compositeurs, de Lully à Sergueï Rachmaninov.

 

Photos  (de haut en bas) : portrait © Franck Ferville / DR 

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