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Retour sur la saison 2013-14 : le regard de Jean-Christophe Vervoitte, corniste

par Jéremie Szpirglas, le 15/07/14

Vervoitte_Jean-Christophe_2©Aymeric Warme-Janville

Tous les regards se tournent maintenant vers  la nouvelle saison  2014-15 ce qui n’est pas une raison pour tirer un trait sur celle terminée depuis le 10 juillet. Nous avons donc demandé à quatre solistes ( Grégoire Simon, Frédérique Cambreling, Emmanuelle Ophèle et Jean-Christophe Vervoitte) ainsi qu’à  Matthias Pintscher, le directeur musical de l’Ensemble, de partager avec nous leur regard sur la saison 2013-14. Jean-Christophe Vervoitte, corniste, répond aujourd’hui à nos questions.

Jean-Christophe, quels ont été pour vous les temps forts de la saison 2013-2014 ?

Les trois week-ends Turbulences ont bien sûr été une grande réussite et ont permis d’établir un nouveau rapport avec le public. Ce succès est d’autant plus important avec l’ouverture de la Philharmonie de Paris, pour laquelle nous devrons développer une nouvelle relation avec les spectateurs qui ne soit pas le face à face traditionnel « public d’un côté, ensemble de l’autre ». Au cours de ces week-ends, nous avons su créer un mouvement et une approche plus intime du concert. Je ne pense pas qu’on puisse forcément parler d’une nouvelle ère musicale en ce début de XXIe siècle, mais davantage de l’avènement d’une nouvelle relation de l’artiste avec son public, à la fois dans l’exercice de son métier et dans la politique de programmation.

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L’investissement des musiciens est essentiel pour faire comprendre la musique, comme pour expliquer notre métier, qui est une profession de tradition et d’ouverture. Tout cela paraît souvent un peu ésotérique pour les néophytes : ils n’osent pas s’y confronter ou ne comprennent pas. Nous nous devons de les éclairer, de la même manière que j’aime qu’on me présente une pièce de théâtre, une œuvre d’art plastique ou que l’on me fasse une visite guidée d’une exposition. Le foisonnement est tel que nous avons besoin d’être orientés.

Ensuite, cette saison a également marqué le retour de certaines pièces du répertoire de l’Ensemble qu’il ne faut pas négliger : je pense aux viennois tels que Webern et Schoenberg, revenus sur la pointe des pieds, mais aussi à Ravel, et à la Gran Partita de Mozart – même si nous avions déjà joué et enregistré Mozart avec Pierre Boulez. Parallèlement, le répertoire s’est étoffé et renouvelé : Matthias travaille avec beaucoup de jeunes compositeurs.

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Après une saison, quel regard portez-vous sur l’arrivée de Matthias Pintscher à la tête de l’Ensemble ?

Le recrutement de Matthias Pintscher est incontestablement le point fort de cette saison. Il est la seule personne digne d’assumer la délicate transition de « l’après-Boulez » et de lui succéder, tant sur le plan musical que sur le plan humain. Pour moi, c’est une chance.

Il apporte une écoute, un rapport intime à la musique. Pour convaincre un public, il faut être soi-même convaincu, et Matthias dirige d’une manière inédite et fraîche. Au contraire de tous ces chefs quelque peu « sémaphoriques » – très démonstratifs, mais sans réelle idée musicale sur laquelle bâtir le discours –, Matthias, incarne une écoute, une oreille musicale. Quand on joue avec lui, tout est véritablement entendu.

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Quels sont pour vous les grands rendez-vous de la saison 2014-2015 ?

D’abord, la saison prochaine verra l’ouverture de la Philharmonie de Paris. Dans le paysage actuel, on construit de beaux édifices et de gigantesques salles, mais rien de ce qui s’y passe n’est véritablement différent. C’est là-dessus qu’il faut réfléchir. Dans les années 1970 déjà, Boulez comparait les salles de concert à des restaurants qui n’ouvriraient que de 20 heures à 22 heures. Ouverte en permanence, la Philharmonie va radicalement changer les choses. Je crois aux possibilités de ce lieu, et je crois que si l’on fait quelque chose d’unique à Paris, cela se saura dans le monde entier.

Philharmonie de Paris © atelier jean Nouvel__14

L’Ensemble, à ce titre, sera la valeur ajoutée de la Philharmonie. Ce sera un lieu idéal pour instaurer un dialogue entre les arts, à l’instar de ce qui se fait au musée du quai Branly pour le dialogue des cultures – avec éventuellement des expositions et des événements qui amèneront le public à rencontrer les musiciens sous d’autres angles. Ce sera un laboratoire pour instaurer une pluridisciplinarité – une direction dans laquelle l’Ensemble s’est engagé avec conviction et qui est, à mon avis, une nécessité. Dans le monde culturel actuel, le public semble davantage sensibilisé aux disciplines des arts plastiques, de la danse ou du théâtre, que de la musique. Je pense que ce sont tout simplement des domaines qui se sont fréquemment croisés, amenant ainsi un certain public à y entrer plus facilement, sinon par la grande porte, du moins par la fenêtre… Créer des projets croisés permettrait ainsi d’amener des personnes a priori non initiées vers la musique.

Ensuite, nous célèbrerons Pierre Boulez. Je pense que cette célébration est importante : nous devons lui rendre un vibrant hommage, lui qui a été le grand initiateur de cette Philharmonie et qui a fait de cet ensemble ce qu’il est aujourd’hui, pour pouvoir ensuite passer à autre chose. Comme un passage de relais entre Pierre Boulez et Matthias Pintscher – lequel dirigera Répons et Pli selon Pli. Pour que l’Ensemble transforme l’essai, l’Ensemble se doit de dépasser sa propre histoire.

RŽpŽtition de l'Ensemble Intercontemporain dirigŽe par Susanna MŠlkki (en prŽsence de Pierre Boulez), CitŽ de la Musique, Paris, 15.04.2010

Photos : 1,7 (c) Aymeric Warmé-Janville / 2,3,4,5 (c) Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain / 6 DR

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